➡️ Pourquoi la santé relationnelle précoce est un pilier du développement psycho-affectif ?
Les recherches actuelles en psychologie du développement et en neurosciences montrent que la santé relationnelle précoce joue un rôle central dans la régulation émotionnelle, la sécurité affective et les capacités relationnelles du jeune enfant.
La santé relationnelle précoce désigne la qualité de ces relations précoces et leur impact durable sur la régulation émotionnelle, la sécurité affective et les capacités relationnelles du jeune enfant.
En croisant les apports de la théorie de l’attachement et des neurosciences affectives, cet article propose un éclairage synthétique sur les mécanismes développementaux à l’œuvre et leurs implications pour la pratique psychomotrice.
La santé relationnelle précoce : un cadre essentiel pour comprendre le développement du jeune enfant
✅ Les premières années de vie constituent une période déterminante pour le développement psycho-affectif du jeune enfant.
Les recherches contemporaines montrent que la qualité des relations précoces influence durablement :
- la régulation émotionnelle,
- la sécurité intérieure et
- les capacités relationnelles ultérieures.
👍 Cette perspective est aujourd’hui formalisée à travers le concept de Santé Relationnelle Précoce (Early Relational Health – ERH), structuré en 2017 par les pédiatres D. Willis et A. Garner.
La santé relationnelle précoce (SRP) désigne la capacité d’un enfant à se développer au sein de relations stables, sécurisantes et sensibles avec ses figures de soin.
Elle met l’accent sur la qualité des interactions quotidiennes :
- continuité du lien,
- réponses émotionnelles ajustées,
- soutien à l’exploration,
comme fondement du développement émotionnel et relationnel.
➡️ Bien que récente dans sa formalisation, cette notion s’appuie sur des fondements scientifiques posés plus tôt par J. Shonkoff et D. Phillips, qui ont montré que les expériences relationnelles précoces façonnent durablement le développement cérébral et psychique de l’enfant.
🔎 Ces travaux rejoignent les grandes théories du développement psycho-affectif élaborées notamment par Bowlby, Winnicott, Spitz, Mahler ou encore Piaget.
Les neurosciences du développement viennent aujourd’hui enrichir ces modèles en montrant comment les expériences relationnelles précoces s’inscrivent dans la plasticité cérébrale.
Cet article propose une synthèse croisée entre ces approches, autour de notions clés :
- attachement,
- permanence de l’objet,
- angoisse de séparation,
- objet transitionnel,
- et individuation,
✅ Ces notions peuvent ainsi être comprises comme des expressions développementales de la santé relationnelle précoce.
De la dépendance à l’autonomie : apports des modèles psychologiques et psychanalytiques
🚨 Le développement psycho-affectif du jeune enfant s’inscrit avant tout dans le lien.
Dans cette perspective, la santé relationnelle précoce constitue le socle sur lequel s’appuient les processus de sécurité affective, de séparation et d’individuation.
1️⃣ Les travaux de Bowlby et d’Ainsworth ont montré que le nourrisson naît avec un besoin inné de proximité avec une figure d’attachement.
2️⃣La qualité des réponses apportées par cette figure conditionne la sécurité affective de l’enfant et influence durablement sa capacité de régulation émotionnelle.
3️⃣ Dans une perspective de SRP , l’attachement constitue ainsi le socle de la santé relationnelle.
4️⃣ Ce lien précoce soutient l’apprentissage progressif de la séparation.
Spitz décrit l’apparition de l’angoisse de séparation et de la peur de l’étranger comme des indicateurs d’une différenciation psychique croissante.
5️⃣ Cette évolution est étroitement liée à l’acquisition de la permanence de l’objet, décrite par Piaget, selon laquelle l’enfant comprend notamment que la figure d’attachement continue d’exister même en son absence.
6️⃣ Pour accompagner ces expériences de séparation, Winnicott introduit la notion d’objet transitionnel.
Celui-ci permet à l’enfant de maintenir un sentiment de continuité affective lorsque la figure d’attachement est absente.
Il s’inscrit dans un espace intermédiaire entre dépendance et autonomie et soutient les premières capacités d’autorégulation émotionnelle.
✅ Ces étapes préparent le processus d’individuation, décrit par Mahler, au cours duquel l’enfant se perçoit progressivement comme un être distinct.
❌ L’apparition du « non », théorisée par Spitz, constitue un marqueur essentiel de cette affirmation subjective.
👍 Loin d’être uniquement oppositionnelle, cette phase témoigne de la construction du sentiment de soi dans un contexte relationnel suffisamment sécurisant.
Apports des neurosciences : ancrage neurobiologique de la santé relationnelle précoce
Les apports des neurosciences permettent aujourd’hui de mieux comprendre les mécanismes neurobiologiques impliqués dans la santé relationnelle précoce, en lien avec la plasticité cérébrale.
En effet, elles montrent que les expériences relationnelles précoces sculptent littéralement le cerveau de l’enfant, selon un processus dynamique fondé sur la plasticité cérébrale.
👶 Dès les premiers mois de vie, les interactions répétées avec les figures de soin influencent l’organisation fonctionnelle des réseaux neuronaux impliqués dans :
- l’émotion,
- la mémoire
- et la régulation comportementale.
Dans cette perspective, l’attachement constitue un organisateur neurobiologique majeur.
Les travaux de Perry, Blair et Sullivan montrent que les relations d’attachement mobilisent principalement :
- le système limbique qui regroupe notamment l’hypothalamus et l’amygdale
- et le cortex préfrontal.
✅ Lorsque l’environnement relationnel est sécurisant, la maturation des circuits fronto-limbiques est favorisée, soutenant progressivement la régulation émotionnelle.
❌ À l’inverse, des interactions imprévisibles ou insécurisantes peuvent entraîner une hyperactivation de l’amygdale et de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien, traduisant un état de stress chronique (Tottenham & Gabard- Durnam, 2017).
En parallèle, les études de N. Tottenham ou de R. Sullivan montrent que l’angoisse de séparation peut s’expliquer par un déséquilibre développemental, lié à la maturation précoce de l’amygdale alors que les circuits préfrontaux de la régulation émotionnelle sont encore en construction.
Puisqu’un attachement sécure va :
- façonner les connexions entre l’amygdale et le cortex préfrontal,
- renforcer les circuits préfrontaux de contrôle émotionnel,
- favoriser la maturation du cortex préfrontal orbitofrontal,
✅ Alors, il joue le rôle de régulateur externe !
👍 Il permet de compenser le décalage entre un système de peur déjà mature (amygdale) et un système de régulation émotionnelle encore immature (cortex préfrontal), soutenant ainsi favorablement le passage par cette période sensible.
De la permanence de l’objet à l’individuation : maturation cérébrale et expériences relationnelles
👉 Ce socle relationnel soutient ensuite l’émergence des capacités cognitives et représentatives.
La permanence de l’objet repose sur la maturation du cortex préfrontal dorsolatéral, impliqué dans la mémoire de travail (Diamond, 1990).
🔎 Les travaux de Baillargeon cette compétence apparaît plus précocement que ne le pensait Piaget, montrent que soulignant l’interdépendance entre maturation cérébrale et expériences relationnelles.
Dans le prolongement de cette capacité de représentation, l’objet transitionnel joue un rôle clé dans l’autorégulation émotionnelle.
✅ Les recherches d’orientation neuroscientifique montrent que la manipulation d’un objet familier active à la fois :
- les circuits dopaminergiques, associés au plaisir et à la motivation,
- et les régions préfrontales impliquées dans la régulation émotionnelle (S. Tisseron, 2017).
🧸 L’objet transitionnel apparaît ainsi comme un médiateur neurobiologique entre présence réelle et représentation interne de la figure d’attachement.
👍 La poursuite de ces processus soutient le développement de l’individuation.
🧠 Sur le plan cérébral, celle- ci repose sur la maturation progressive des connexions entre l’amygdale et le cortex préfrontal, permettant une meilleure modulation des affects et l’émergence d’un sentiment de continuité du soi (Schore, 2001).
Ces circuits sont particulièrement sensibles à la qualité des interactions précoces, illustrant le caractère profondément relationnel de la construction du soi.
L’apparition du « non » s’inscrit dans cette dynamique développementale.
Elle peut être comprise comme l’expression comportementale du développement des fonctions exécutives, notamment le contrôle inhibiteur et la flexibilité cognitive, soutenus par le cortex préfrontal.
❤️ Cette capacité à s’opposer correspond à une étape de différenciation du soi, rendue possible par un environnement relationnel suffisamment sécurisant.
Santé Relationelle Précoce : un levier majeur pour la prévention et l’accompagnement psychomoteur
✅ Le développement psycho-affectif du jeune enfant apparaît comme le fruit d’une interaction constante entre expériences relationnelles précoces et maturation cérébrale.
- Les modèles psychologiques et psychanalytiques décrivent les processus affectifs et symboliques conduisant l’enfant de la dépendance à l’individuation,
- Tandis que les neurosciences montrent comment ces expériences s’inscrivent durablement dans l’organisation cérébrale à travers les mécanismes de plasticité cérébrale.
L’attachement, la permanence de l’objet, l’angoisse de séparation, l’objet transitionnel, l’individuation et l’affirmation du « non » peuvent ainsi être compris comme des étapes développementales soutenues par la plasticité du cerveau en interaction avec l’environnement relationnel.
Dans cette perspective, la Santé Relationnelle Précoce (SRP) apparaît comme un levier fondamental de prévention et de promotion de la santé, en soulignant la capacité du cerveau en développement à se structurer et à se transformer au gré des expériences relationnelles.
Pour aller plus loin, la récente revue scientifique de 2025 « Early Relational Health and its Impact on the Developing Brain: A Scoping Review » offre un prolongement essentiel à cette réflexion, en mettant en évidence l’impact mesurable des relations précoces sur le cerveau en développement et en rappelant l’importance de promouvoir des environnements relationnels sécurisants dès les premières années de vie.
👍 Version française de l’article
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